Sang pour sang

Publié le par Yahyâ

Il fait nuit. Calme. Dehors, le vent souffle inlassablement, butant sans cesse contre les fenêtres fermées. Dedans, l'obscurité et la tiédeur ont figé les choses. J'entends juste la respiration régulière d'un petit d'homme, son souffle qui va et vient contre ma poitrine. Les doigts relâchés sur le ventre, les longs cils peignant ses joues dodues, il s'est abandonné au creux de mes bras. Robin voyage au pays des songes.

Le temps s'écoule au rythme des battements de son coeur. Parfois, un soupir plus profond vient ponctuer son périple, comme un signal que tout va bien. Ces petits bruits me font sourire. Une vague de tendresse m'étreint et je tente de fixer ces sons, ce contact, ces images au plus profond de ma mémoire. Je le regarde et un sentiment indéfinissable s'impose à moi, qui pulse en moi. C'est mon fils que je tiens là. Mon fils. Quelle étrange expression ! Je me souviens des premiers moments où je le tenais entre mes mains, de nos premiers jours de découverte réciproque. Même là, ces mots résonnaient sans se fixer à quelque chose de précis. Comme si quelque chose au-delà avait soudain pris corps et laissait l'esprit incapable d'en rendre compte par le verbe.

Nos coeurs battent et se répondent. Le lien du sang. Je comprends soudain qu'en plus de l'amour, peut-être même avant cela, il y a ce sang qui coule dans nos veines et qui réveille en nous des forces obscures, profondes, instinctives. Ainsi, lorsque mon fils a mal, sa douleur semble s'inscrire aussi en moi. Je peux le sentir viscéralement. Cette facette irrationnelle de notre être, animale même, se réveille avec la mise au monde d'un enfant. Et pourtant, c'est cette même facette que la civilisation s'efforce de mettre de côté. Pan inavouable mais qui vient renforcer certains liens, mobiliser des êtres et modifier le cours de leurs vies !

Robin exhume ainsi en nous des éléments oubliés, des trésors enfouis, des mondes à réexplorer. Je pense alors à ces adultes qui ne considèrent les bébés que comme de simples récipients parce qu'encore incapables de penser. Pourtant, du haut de ses 6 mois, Robin ressent et ce qu'il vit, il le partage avec sa mère, avec moi. Comment avons-nous pu oublier que nous avons été nous aussi des nourrissons, des êtres totalement dépendants mais capables pourtant d'avoir une prise sur le réel ? Et si nous effaçons notre passé, comment pouvons-nous percer l'avenir ?

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Publié dans L'aventure

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P
Gardes-tu, cher Yahyâ, ces phrases et ces photos que tu places pour ton fils sur le web ? En imprimes-tu une copie pour la lui confier à l'adolescence (ou tout autre moment) ? Je t'inviterais à le faire (j'ai ainsi une farde de bébé où j'ai trouvé, un jour, une lettre qu'un ami de mes parents m'avait écrit le jour de mon baptème - délicieuse lettre.)On entend le coeur battre de son archaïque et binaire évidence, dans cette note "sang pour sang". On sent l'instinct, l'émotion qui court-circuite l'intellect. C'est très beau. A te lire, je me dis : que pensaient ces pères qui nous ont un jour tenus dans leur mains ? Pifranc
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